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Tranche de Liv-re : (Suite)

Roman
"Hippocampe de décembre" (Suite)
© 2006 Immatriculation SABAM : A/S/17401

      .../... En ateliers communs, j'observais l'effroyable gaspillage des nantis – majoritaires – dilapidant sans scrupules les finances de leur clan.  Alors, prévenant les jours maigres, je récupérais ce que ces rupins jetaient au pilon, essuyant de ces faiseurs de rogatons maints quolibets vipérins dont ils avaient le goût.

      La tribu enseignante m'ignorait prodigieusement : peu intéressante et piètre faire-valoir sans physique attrayant, j'étais impécunieuse et surtout, affichais "un genre trop affirmé" (sic), gênant aux entournures cette noble pétaudière.

      Je ne souffrais pas vraiment de cette conjoncture : non seulement je n'en avais pas le temps, mais en plus cela correspondait bien à mon état d'esprit du moment.

      J'étais sans domicile fixe et la fragile cellule familiale s'était complètement désintégrée, je m'agrippais donc davantage aux rames qu'au pavillon.

      Un heureux hasard voulut qu'un petit local avoisinant l'allée des ateliers se libère. Complètement vitré et surplombant le parc intérieur, l'endroit était idéal pour travailler dans le calme et la sérénité.

      La tribu ne se fit pas prier : sans conditions, je pus m'installer dans ce nouveau décor et devins rapidement transparente pour la plupart des gens du lieu, ce qui, soit dit en passant, ne fut pas pour me déplaire.

      Etait-ce l'endroit, était-ce la quiétude qui y régnait ?  Je travaillais librement tous les supports que je pouvais trouver. J'expérimentais frénétiquement différentes techniques, n'hésitant pas, en dehors de toute logique (mais avait-elle voix au chapitre ?), à métisser encre, latex, craie, fusain et gouache.

      Simone, qui depuis toujours tenait un magasin de fournitures pour artistes était une dame extraordinaire.  Elle devait être tombée dedans lorsqu'elle était petite et en connaissait plus sur l'art que tous les profs d'écoles artistiques réunis.

      Rester deux heures en sa compagnie équivalait presque à accomplir deux ans d'études aux Beaux Arts.  Non seulement elle maîtrisait toutes les techniques classiques, mais elle n'hésitait jamais à prendre largement sur son temps pour prodiguer de judicieux conseils à qui le lui demandait.

      Simone considérait un peu ses jeunes clients comme s'ils eussent été ses propres élèves.  Non seulement elle percevait bien l'écho du trottoir, mais elle savait aussi écouter le murmure des cœurs. 

      Souvent, elle distribuait à ses petits artistes des gaufres quatre quarts ou des pommes récoltées sur les coteaux tout proches. Parfois, elle "oubliait" même de compter l'un ou l'autre article au compte de celui dont elle savait les fonds en baisse et ajoutait, d'un sourire entendu : "… et fais-nous de belles choses !".

      Encore aujourd'hui, je veux le croire, nombreux doivent être les élèves de cette Grande Dame qui  se souviennent d'elle avec émoi et nostalgie .../…



Article ajouté le 2007-01-28 , consulté 503 fois

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