Tranche de Liv-re :
Roman
"Hippocampe de décembre"© 2006 Immatriculation SABAM : A/S/17401
…/… quinze ans, j'errai …, de refuges provisoires en abris de fortune. Au jour le jour, je m'agrippai au fol espoir d'un mieux-être, et aux rares mains de sincérité tendues vers moi.
Par la force des choses, je devins vite autonome et retrouvai lentement ma dignité d'Hippocampe.
La plupart de mes nuits se passaient sous l'arc d'une passerelle piétonnière enjambant le fleuve. A cette époque, l'endroit n'était guère fréquenté que par pigeons et mouettes qui, comme moi, y trouvaient modeste asile.
Survivre seule, à même les pavés d'un quai de halage, demande un minimum de résistance, de débrouillardise et d'organisation. Non seulement il faut boire et manger, mais il faut aussi se laver, lessiver ses vêtements, et trouver sans cesse de bonnes raisons de ne pas se jeter à l'eau.
Afin d'y confiner mon maigre patrimoine, j'usai de l'infrastructure des blocs d'appuis de l'ouvrage, comme d'une consigne improvisée. Quant aux nocturnes ablutions, l'eau d'une fontaine publique toute proche faisait bien l'affaire.
La nuit tombée, le quartier voisin devenait le fief des Belles-de-nuit, une véritable éclosion de fleurs …, de macadam.
La promiscuité de nos mondes entraîna inévitablement rencontres, confidences et entraide. Ces marchandes d'amour m'en prodiguèrent sans compter. Généreuses et aimantes (comme devraient l'être toutes les mamans du monde), elles m'apprirent à exister.
La solitude et le silence d'une ville endormie incitent à la réflexion, mais aussi à l'observation.
Alors, j'ai vu …, la nidification d'oiseaux téméraires au ciel de mon toit d'acier, la lutte cruelle de rats pour le cadavre échoué d'un carpillon, le coït sauvage de chiens nomades, et le sans gène de pollueurs infâmes lançant leurs ordures au courant de l'eau.
Parfois, quelques raisins malfamés vidangeaient leur ivresse par-dessus la rambarde ou déchargeaient l'humeur de leurs entrailles dans une gerbe immense.
De temps en temps, d'autres quidams, moins saouls, venaient clandestinement disperser leurs gènes à l'ombre du mur garde grève.
Quelques centaines de mètres en aval de mon pied-à-terre de fortune, un autre pont s'étirait d'une rive à l'autre. Les piles de cet ouvrage étaient ennoblies d'imposantes statues de granit régnant sur les flots ...
J'avais très peu de moyens financiers, assumant seule l'entièreté de mon cursus académique.
Le matériel était onéreux et en grande partie très vite consommé. Pour suivre le rythme de cette espèce d'érosion obligatoire, s'instaura pour moi le règne de la débrouille.
Maîtrisant assez bien le maniement de la craie, en dehors des cours, je dessinais des fresques, à même les trottoirs bordant les grands commerces de la ville.
La Joconde de Vinci et l'Eglise d'Auvers-sur-Oise de Van Gogh m'aidèrent souvent à nouer les deux bouts !
Je prospectais aussi les magasins alentours, leur proposant mes services pour décorer leurs vitrines, peindre lettrages ou trompe-l'œil, et même réaliser leurs étalages, dans lesquels j'intégrais parfois l'une ou l'autre de mes peintures ; ce furent d'ailleurs là mes toutes premières "expositions" personnelles.
Le week-end, fréquentant assidûment cabarets, restaurants et terrasses de bistrots, mes soirées consistaient à caricaturer les noctambules.
Pour quelques pièces, je leur tirais le portrait, m'assurant ainsi l'achat du matériel de la semaine.
Parfois, l'entreprise ne payait pas et il m'arrivait de ne pouvoir me procurer les fournitures nécessaires aux cours à venir, heureusement, il y avait Simone …/...

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